Exploration des mystères de la zone hadale
Plongée dans les profondeurs inexplorées
La zone hadale s’étend des régions marines situées entre 6 000 et 11 000 mètres sous le niveau de la mer. Comparée au dieu grec des enfers, Hadès, cette zone abrite les endroits les plus profonds des océans et demeure l’un des territoires les moins explorés de notre planète.
Une recherche récente éclaire cet environnement dramatique et les créatures qui y résident malgré des conditions extrêmes.
La mission audacieuse de Fendouzhe
Des chercheurs ont utilisé le submersible chinois de pointe, Fendouzhe, pour descendre à plus de 10 900 mètres sous la mer. Ils ont récolté des centaines d’échantillons biologiques de la zone hadale dans la fosse d’Yap, le bassin des Philippines et la fosse des Mariannes, la plus profonde du monde. Sur les plus de 7 000 espèces microbiennes répertoriées, plus de 89 % étaient inconnues auparavant. Leur étude, publiée le 6 mars dans la revue Cell, souligne une diversité surprenante dans l’un des environnements les plus extrêmes de notre planète.
« Une nouveauté, une diversité et une hétérogénéité extraordinairement élevées ont été observées dans le microbiome hadale, en particulier parmi les procaryotes et les virus, influencés par le contexte environnemental extrême ainsi que la topographie délicate de la zone hadale », ont écrit les chercheurs.
Caractéristiques et défis de la zone hadale
La zone hadale présente une pression extrême, des températures quasi glaciales, des niveaux de nutriments faibles et une obscurité presque totale. En d’autres termes, des « défis environnementaux extraordinaires pour la vie », selon les chercheurs. Malgré cela, les échantillons ont révélé la présence de 7 564 espèces microbiennes, dont 89,4 % documentées pour la première fois. La « remarquable diversité » des échantillons se reflétait également dans la génétique des microbes, révélant une vaste gamme de stratégies de survie.
Trois études, une même découverte
L’article est l’un des trois études MEER publiées le même jour sur les écosystèmes de la zone hadale. L’une des autres études explore comment les amphipodes, petites créatures ressemblant à des crevettes, prospèrent grâce à une relation symbiotique avec des bactéries. Une autre suggère que les poissons vivant à plus de 3 kilomètres de profondeur partagent une mutation génétique qui les aide à supporter le froid, la pression et le manque de lumière.
Les chercheurs estiment également quand certaines créatures ont d’abord exploré de telles profondeurs. Par exemple, ils pensent que les anguilles ont colonisé les profondeurs marines il y a environ 100 millions d’années, ce qui leur a permis de survivre à l’impact d’un météorite qui a presque anéanti les dinosaures et dévasté la vie marine des eaux moins profondes.
Adaptation convergente et révélation environnementale
Les trois études démontrent des mécanismes adaptatifs similaires entre les micro-organismes et les créatures de plus grande taille de la zone hadale.
« Ces découvertes suggèrent l’existence de stratégies d’adaptation convergentes aux environnements hadaux qui transcendent les frontières des espèces et des domaines biologiques », écrivent les chercheurs dans un commentaire sur la trilogie d’études.
Ainsi, l’environnement extrême de la zone hadale a probablement poussé des espèces non apparentées à développer des traits similaires.
La marque de l’humanité dans les abysses
En outre, durant leurs recherches, les scientifiques ont découvert des déchets humains : sacs plastiques, canettes de soda, bouteilles de bière, et même un panier à linge. Cet aperçu de la pollution a profondément choqué Weishu Zhao, microbiologiste spécialisée en extrêmophiles à l’Université Jiao Tong de Shanghai et co-auteure de l’étude microbienne. Zhao a remarqué que les microbes des grands fonds semblent capables de traiter certains contaminants humains, mais cela semble être une faible consolation face à l’empreinte de l’humanité s’étendant aux régions les plus profondes de nos océans.
Ainsi, cette étude offre une rare vision de la diversité exceptionnelle d’une région autrefois considérée comme stérile, prouvant que la vie trouve toujours un moyen.
