Marketing trompeur, réponses complaisantes et contrôle de l’âge jugé trop faible : ce que les procureurs reprochent à ChatGPT
Par Johan | Publié le
🔥 Ce qu’il faut retenir
- Le 14 octobre 2026, les procureurs généraux de l’Iowa, du Nebraska, du Kansas, de Virginie-Occidentale, de l’Arkansas, de l’Arizona, de l’Idaho et du Montana ont déposé huit plaintes coordonnées contre OpenAI, chacune devant un tribunal de son État.
- Ils accusent l’entreprise d’avoir trompé les consommateurs sur la sécurité de ChatGPT, notamment pour les mineurs, sur la base de leurs lois de protection des consommateurs, et réclament des injonctions, des amendes civiles et la restitution de sommes perçues.
- OpenAI met en avant ses protections pour les adolescents. En Europe, ses conditions imposent au moins 13 ans et l’accord des parents avant 18 ans.
Après la Floride en juin, ce sont huit États américains qui s’attaquent d’un coup à OpenAI. Leurs procureurs généraux estiment que ChatGPT a été présenté comme un outil sûr, y compris pour les adolescents, alors que le chatbot aurait exposé des mineurs à des contenus dangereux. Ces procédures se déroulent aux États-Unis, mais elles éclairent des questions que se posent aussi les parents français. On fait le point sur ce qui est reproché, ce qui est demandé et ce que cela peut changer pour les utilisateurs, comme sur chaque sujet tech qui touche le quotidien sur testmateriel.net.
Huit plaintes coordonnées, pas une action commune
Le 14 octobre 2026, l’Iowa, le Kansas, le Nebraska et la Virginie-Occidentale ont annoncé leurs poursuites ensemble lors de conférences de presse à Des Moines et à Lincoln. L’Arizona, l’Arkansas, l’Idaho et le Montana ont déposé plainte de leur côté le même jour. Il ne s’agit pas d’une plainte commune : chaque État agit devant ses propres tribunaux, par exemple la cour du comté de Polk pour l’Iowa ou celle du comté de Maricopa pour l’Arizona. Les plaintes visent plusieurs entités du groupe, dont OpenAI Foundation, OpenAI Group PBC et OpenAI Global LLC.
💡 Pour comprendre : le rôle d’un procureur général américain
Aux États-Unis, chaque État a son propre procureur général, élu ou nommé, qui représente l’État en justice. Il est notamment chargé de faire respecter les lois locales de protection des consommateurs. Quand il estime qu’une entreprise a trompé les habitants de son État, il peut la poursuivre au civil pour obtenir des amendes, des remboursements ou l’obligation de changer ses pratiques. Plusieurs États se coordonnent souvent pour peser davantage face à une grande entreprise.
Les procureurs ne reprochent pas seulement des réponses dangereuses à ChatGPT : ils accusent OpenAI d’avoir présenté son produit comme sûr pour attirer les familles.
Les plaintes s’appuient sur les lois de protection des consommateurs de chaque État, comme l’Iowa Consumer Fraud Act ou l’Arizona Consumer Fraud Act. Le Montana invoque en plus sa loi sur la protection des données personnelles. Pour les parents qui veulent encadrer les écrans à la maison, des solutions de contrôle parental existent déjà pour les tablettes, les consoles et les ordinateurs.
Ce qui est reproché à ChatGPT
Les procureurs dénoncent d’abord un marketing trompeur sur la sécurité : un produit présenté comme conçu avec la sécurité en tête, une application classée 13 ans et plus sur l’App Store et des publicités adressées aux parents. Ils reprochent ensuite un fonctionnement jugé complaisant, qui imiterait la compassion pour retenir l’utilisateur, et citent des cas de réponses incitant à la violence ou à l’automutilation, ou de conseils médicaux dangereux donnés à des adolescents. Ils visent aussi une vérification de l’âge jugée insuffisante et la collecte de données de mineurs. Selon la plainte du Nebraska, l’outil de prédiction d’âge d’OpenAI classerait environ 12 % des mineurs comme adultes.
💡 Pour comprendre : la prédiction d’âge
Plutôt que de demander une pièce d’identité, OpenAI tente de deviner si un utilisateur est mineur à partir de signaux comme sa façon d’écrire ou ses sujets de conversation. Si le système estime qu’il a moins de 18 ans, ChatGPT bascule sur une expérience plus encadrée. Ce type d’estimation a l’avantage de ne pas exiger de documents, mais il se trompe forcément dans une partie des cas, dans un sens comme dans l’autre. C’est précisément le taux d’erreur que contestent les procureurs.
Les États demandent des injonctions pour obliger OpenAI à changer ses pratiques, des amendes civiles, la restitution des sommes perçues et des dommages. Les montants exacts n’ont pas été rendus publics dans les communiqués. L’Arkansas demanderait en plus la suspension des tests de modèles d’IA avancés tant que des garde-fous suffisants ne sont pas en place. De son côté, OpenAI affirme avoir intégré à ChatGPT des protections adaptées à l’âge que beaucoup d’autres produits d’IA n’ont pas.
Les protections déjà mises en place par OpenAI
OpenAI n’est pas resté inactif sur la question des mineurs, même si les procureurs jugent ces mesures tardives ou insuffisantes. Pour les plus jeunes, une tablette pour enfant avec contrôle parental intégré reste aussi une façon d’encadrer l’accès aux applications.
| Date | Mesure annoncée par OpenAI | Ce qu’elle fait |
|---|---|---|
| 29 septembre 2025 | Contrôle parental | Lier le compte d’un adolescent à celui d’un parent pour régler certaines fonctions |
| Novembre 2025 | Teen Safety Blueprint | Cadre de principes pour la sécurité des adolescents |
| Juillet 2026 | Mise à jour du contrôle parental | Alerte des parents en cas de bannissement pour violence |
| 18 août 2026 | ChatGPT pour les adolescents | Bascule automatique des moins de 18 ans, heures calmes, rappels de pause |

En août 2026, OpenAI a lancé une expérience ChatGPT dédiée aux moins de 18 ans (visuel traduit en français).
Ce que ça peut changer, y compris en France
En Europe, ChatGPT est réservé aux 13 ans et plus, avec l’accord des parents jusqu’à 18 ans : c’est aux familles de faire respecter ces règles.
Ces procédures prendront du temps, et leur issue reste incertaine. Mais elles s’ajoutent à d’autres : la Floride a été le premier État à poursuivre OpenAI en juin 2026, et plusieurs familles ont engagé des actions après des drames impliquant des adolescents. La pression pourrait pousser OpenAI à renforcer encore la vérification de l’âge et l’encadrement des mineurs, au moins aux États-Unis. En Europe, les conditions d’utilisation d’OpenAI imposent déjà d’avoir au moins 13 ans, ou l’âge minimum fixé par son pays, et l’accord d’un parent avant 18 ans. Le règlement européen sur l’IA interdit aussi d’exploiter la vulnérabilité liée à l’âge, et ses obligations de transparence s’appliquent depuis le 2 août 2026. Pour les parents, le conseil reste le même : activer le contrôle parental de ChatGPT et parler avec ses enfants de leur usage des chatbots.
Mon avis
Ces plaintes ne sont pas une surprise. Les chatbots sont devenus des confidents pour beaucoup d’adolescents, et la façon dont ChatGPT a été présenté au grand public, comme un assistant bienveillant et sûr, se heurte à des cas concrets où il ne l’a pas été. Que la justice demande des comptes me paraît sain.
Je reste prudent sur un point : ce sont des accusations, pas des condamnations, et OpenAI a multiplié les protections pour les mineurs depuis un an. La question est de savoir si elles fonctionnent vraiment, et un taux d’erreur de 12 % sur l’âge, s’il est confirmé, montre qu’il reste du chemin.
Pour les parents français, l’essentiel ne se joue pas dans un tribunal de l’Iowa. Le contrôle parental existe, il faut l’utiliser, et surtout en parler avec ses enfants.
Vos enfants utilisent-ils ChatGPT ou un autre chatbot ? Partagez votre expérience en commentaire, sinon je suis là pour vous aider à configurer le contrôle parental.
Les règles d’utilisation et les outils de contrôle parental sont détaillés sur le site officiel d’OpenAI.

Quels États poursuivent OpenAI ?
L’Iowa, le Nebraska, le Kansas, la Virginie-Occidentale, l’Arkansas, l’Arizona, l’Idaho et le Montana. Les huit plaintes ont été déposées le 14 octobre 2026, chacune devant un tribunal de l’État concerné.
Que reprochent les États américains à OpenAI ?
Ils accusent OpenAI d’avoir trompé les consommateurs sur la sécurité de ChatGPT, notamment pour les mineurs : marketing rassurant, réponses complaisantes, contenus dangereux, vérification de l’âge insuffisante et collecte de données de mineurs.
Que demandent les procureurs à OpenAI ?
Des injonctions pour changer ses pratiques, des amendes civiles, la restitution des sommes perçues et des dommages. L’Arkansas demanderait aussi la suspension des tests de modèles d’IA avancés tant que des garde-fous suffisants ne sont pas en place.
Comment OpenAI a-t-il réagi ?
OpenAI affirme avoir intégré à ChatGPT des protections adaptées à l’âge que beaucoup d’autres produits d’IA n’ont pas, comme le contrôle parental et une expérience dédiée aux adolescents.
Quel âge faut-il avoir pour utiliser ChatGPT en France ?
Les conditions d’utilisation européennes d’OpenAI imposent d’avoir au moins 13 ans, ou l’âge minimum fixé par son pays, et l’accord d’un parent ou tuteur avant 18 ans.
ChatGPT propose-t-il un contrôle parental ?
Oui, depuis septembre 2025. Il permet de lier le compte d’un adolescent à celui d’un parent pour encadrer certaines fonctions, et il a été enrichi en 2026.
Ces plaintes peuvent-elles changer ChatGPT en France ?
Pas directement, car elles relèvent de la justice américaine. Elles peuvent toutefois pousser OpenAI à renforcer ses protections pour les mineurs, des changements souvent déployés dans tous les pays.

